Tout droit sorti de mes cahiers d'écriture, des textes que j'ai écrit, anciens et nouveaux, histoire de vous délecter l'esprit avec des surprises. Allez-y un à un ou plusieurs à la fois pour les gourmands.
Sunday, March 28, 2010
Offrir
Je t'offre le cadeau du passant, l'anonyme qui vient de loin, qui te regarde, belle jusqu'à ce que tes yeux soient, un instant, captifs des miens. Je t'offre le regard, le second, qui marque le désir, celui que je détache du sol, à l'instant où nos épaules se touchent, presque; le regard élusif, difficile à soutenir, un peu gêné, pour les mauvaises raisons. Tant qu'à donner, je t'offre aussi le regard de la dernière chance, celui que je lance en cambrant la tête sans dessus le dos, pour voir s'estomper tes hanches qui dansent, tes jambes qui glissent et tes coutures dentelées, le regards du rythme bas des instincts. L'anonyme s'estompe dans la foule, vapeur d'un bonheur consommé.
SB
E: 26 novembre 2007
R: 28 mars 2010
Le Pire
Pire que l’amour perdu,
pire que la mort soudaine,
la capacité de penser
l’incapacité d’agir.
SB
E: 10 Octobre 1999
Life
Life stinks.
And after you die.
SB & Julie Pinsonneault (Merci!)
Sunday, March 14, 2010
L'art
L’art est une façon correcte d’être incompris
SB
E: 24 Septembre 2000
Saturday, March 6, 2010
Des rouges, oranges et roses vifs
Des Rouges, Oranges et roses
Vifs
dans de petites cases, suspendues.
Les bruits, la foule, la fête, la vie,
les amis.
Les éclats de couleurs safran
les éclats d'écho de rires.
Sur le bar les amuses gueules,
épicés, surprenant, bondissent
des formes connues,
des goûts attendus.
Derrière les frites
le liquide rosé, la liqueur, interdite.
Les fruits rouges, le regard bleu perçant,
le geste et la bouche attentifs
nous font basculer dans l'univers
de la cardamone.
Mangalore, tu nous tiens.
Des yeux ont te déshabille,
des papilles ont t'explore, saveur vanille,
plonge en toi, et toi en moi.
SB
E 12 mai 2006
R 1er mars 2010
Sunday, February 28, 2010
sexprimer
Connaissant ce que je dois exprimer,
j’ai très peur de perdre cette douce réalité
qui commence à peine à m’entourer.
SB
E: 17 juillet 99
ABAABAAAAABAABAAABBBAABAABAAAAABAAAABBAAAABAAABABBABBABABBAAAAABBABBABBAAAAAAAABABAAAAABAAABBAAABBABBAABBABAAABAABAAABAAABABAABABAAABAAABABBAABAAABBAABAABABAABAAABAAABABAABABAAABAAABABBAABAAABBAABAABABAAABAAAAAABBAABAAABABABBABBABBABBAAABAAABBAABAAAB
j’ai très peur de perdre cette douce réalité
qui commence à peine à m’entourer.
SB
E: 17 juillet 99
ABAABAAAAABAABAAABBBAABAABAAAAABAAAABBAAAABAAABABBABBABABBAAAAABBABBABBAAAAAAAABABAAAAABAAABBAAABBABBAABBABAAABAABAAABAAABABAABABAAABAAABABBAABAAABBAABAABABAABAAABAAABABAABABAAABAAABABBAABAAABBAABAABABAAABAAAAAABBAABAAABABABBABBABBABBAAABAAABBAABAAAB
Bref
C'est lorsqu'on se croit enfin maître de sa
destinée
que le grand pendule nous frappe ...
pour que nous reprenions notre mouvement
de balancier.
SB
E: 7 novembre 1997
Friday, February 19, 2010
Victoria
NDL: ... véçu !
Aussitôt en mer, je me suis élancé à la poupe pour saisir du regard les cristaux étincelants que le soleil jetait dans le sillage et pour laisser l'air salin festoyer dans mes cheveux. J'avais 14 ans. La tête pleine de rêves, mon regard glissait sur les pentes verdoyantes de l'île que nous quittions qui se retirait peu à peu derrière une autre île de l'archipel que nous traversions. Je me plaisais à regarder le paysage s'effacer dans le sillage du navire qui nous ramenait au continent. L'écume blanche, agitée, pleine de vie s'animait en tumultueux vortex qui traçaient le passage du navire en s'élargissant vers l'horizon.
La beauté du moment m'enivre. Le vent s'essoufflant peu à peu fait lentement place au crépuscule. L'air fraîchit puis change de sens pour marquer le pas de l'exil du soleil. Le roi déchu sous les ardeurs redoublées de ses sujets traverse les dernières couches nuageuses pour saluer une dernière fois la foule avant de partir, expatrié. Qu'il est majestueux et brillant. Cependant, lorsque ses rayons rougeoyant viennent allumer les Rocheuses, c'est son public qui est transporté sous les feux de la rampe.
Le navire aussi assiste au spectacle. Voguant tranquillement sur les flots endormis, mon traversier semble s'arrêter pour permettre à mon coeur d'enfant de battre en cadence avec ces derniers applaudissements. Mes yeux agrandis par l'émerveillement, éblouis par la longue traîne dorée qui s'ébat dans le sillage du navire, se ferment. Je me retourne et embrasse du regard les pics escarpés, oranges, qui pointent au ciel en ovation debout devant la richesse et la qualité de la prestation qui leur est offerte. Mes paupières se ferment, les rideaux se baissent, la tranquillité et la sérénité de la nuit sur l'océan s'emparent de moi.
Lorsque j'ouvre enfin les yeux, un spectacle tout aussi ravissant et charmant m'est offert. Deux grands yeux d'un brun profond sont tournés vers moi. Calmes et sensuels ils ébranlent mon coeur. Ils sont posés sur moi, fixes. Mon regard est obnubilé par le scintillement de ces joyaux. Sur ces toiles peintes par un très grand maître, je vois briller les éclats orangés du soleil couchant. Ces deux tableaux je m'en suis épris dès ce moment. Un léger mouvement de ses fenêtres sur notre intérieur me rappelle que tout est bien réel, me rappelle où je suis. Une grande timidité se répand alors dans mon esprit. Le choc est si fort, la surprise si soudaine et la beauté si grande que je ne puis continuer de la regarder. C'est plus fort que moi, je me sens indécent. Je détourne le regard.
C'est alors que m'assaillent une horde de questions, d'empêchements, d'obstacles à franchir qui gênent la passion naissante. Je me rends compte que je suis à l'autre bout du pays, que je ne parle assurément pas sa langue. Comment faire ? Lentement, comme si un second regard avait pu me tuer, je tourne lentement ma tête. Je parcours du regard l'horizon parsemé d'îles aux forêts protégées puis pose mon regard une seconde fois sur elle. En fait, cette seconde fois je faillis me noyer dans la pureté de ses joyaux.
Je me trouve voyeur... puis,... ridicule. Je suis appuyé sur le bastingage à l'extrémité arrière du navire. Elle est à ma gauche, à quelques pas. Mais tout un monde nous sépare. Je suis voyeur puisque j'ai osé soutenir son regard pendant un court instant. J'ai osé pénétrer dans son esprit pour y découvrir qu'elle était douce et sensible. Plus que sensible, j'y ai vu qu'elle était délicate. À la façon dont elle a fermé les yeux, doucement, sensuellement, il ne peut en être autrement.
Cette beauté m'attire, je dois revoir ces yeux mais la pudeur m'en empêche. Je sens son regard posé sur moi. C'est là que je me sentis ridicule. Comment puis-je même penser que son regard s'attarde sur moi ? Je ne suis qu'un maigre et chétif petit garçon. De toute façon elle est sûrement déjà partie. Le bruit du vent nous isole chacun dans nos bulles sur le pont. Je me risque, je tourne un peu le cou, penche un peu ma tête pour voir sans être vu, pour que mes mouvements soient imperceptibles. Lentement, sournoisement comme un félin guettant sa proie, mes yeux quittent l'océan, glissent sur la rampe, la suivent vers la gauche jusqu'à ce que j'aperçoive son bras. Il est si mince, si frêle, si blanc, si délicat, ... si beau. Je lève lentement les yeux. Mon regard glisse sur son coude, finement ciselé; s'attarde sur son épaule, patiemment modelée; s'envole sur son cou, habilement travaillé; s'emballe sur son oreille, lentement façonnée; s'émerveille sur sa joue, longuement poncée. Sa beauté me pétrifie. Son divin regard posé sur moi, sa tête inclinée, ses cheveux courts, droits, d'un noir profond, m'interdisent tout mouvement. Je ne puis qu'apprécier, qu'aimer. Mais qu'est-ce que l'amour à 14 ans où tout se vit si intensément ? C'est un coup de foudre assurément. L'instant est bref mais tellement intense. C'est l'une de ces conversations du regard, muettes mais qui disent tant. C'est elle qui se défile cette fois. Lorsqu'elle se détourne je comprends qu'elle partage les mêmes sentiments que moi, la même gêne, la même peur du rejet.
Durant les quelques secondes de répits que m'offrent ses étincelles de vie je laisse mon regard glisser, avec tout le respect qu'une princesse mérite, sur elle. Elle est frêle, menue, toute jeune, comme moi. La finesse de son corps s'harmonise parfaitement avec la délicatesse de ses yeux. La crainte qu'elle me surprenne à l'observer et qu'elle croit que je lui manque de respect me fait tourner la tête vers le large, le couchant. Il a perdu bien du panache le roi du ciel. À demi enfoncé dans l'eau il reste bien peu de sa puissante clarté. Il sait toutefois nous émerveiller en lançant au ciel, sur les nuages et sur l'eau toute sa palette de couleurs. Comme un peu timide il rougit, sensible aux beautés qui l'entoure. Mais mon vrai soleil est ailleurs, tout près de moi. J'ai si peur de faire un impair, que ce doux rêve s'évanouisse. Je suis si jeune, sans moyens, sans expérience. Mes idées confuses s'entrechoquent et aucune ne semble vouloir guider mes premiers pas. Que puis-je lui articuler que mon regard ne saurait mieux transmettre ?
Elle est d'une autre culture, d'un autre coin du monde. Je tourne délicatement la tête, sans me cacher cette fois. Mes yeux balayent l'horizon et nos regards se croisent encore. En même temps, cette fois, nous avons cherché contact avec l'autre. L'allégresse nous envahit, la crainte aussi. Faire durer cet instant semble une entreprise impossible. Cette peur des premiers pas me semble aujourd'hui ridicule, mais l'amour à cette époque avait raison de mes moyens. Mes pieds étaient figés, mes bras, mon corps, si lourd. Seule ma tête pouvait tourner, seul mes yeux pouvaient crier.
Un bruit sourd me sortit de ma torpeur. Le traversier arrivait au port. Une voix forte mit fin à l'enchantement. "Viens, Sébastien, nous devons retourner à la voiture !" Mon regard pour la première fois passa rapidement dans le sien avant que je regarde ma mère. Debout dans l'ouverture de la porte, elle me signifiait que le temps pressait. Mécaniquement, je me mis en marche. Mon cerveau, tout bouleversé encore de la fin abrupte du rêve, était servile. Sans trop comprendre pourquoi je me suis avancé vers la porte et je l'ai franchie sans regarder en arrière.
Une fois à l'intérieur, suivant ma mère, toute la scène repassa dans ma tête. Ce rêve, cet heureux moment, morceau de paradis se faisait déjà loin. Un nuage gris obscurcissait mon regard. Dépité de n'avoir rien pu faire, de n'avoir pu m'abreuver une dernière fois dans son regard, un profond regret, une amère tristesse se répandit dans mon esprit. Je marchais comme une machine, l'esprit loin du corps, les yeux vagues, sans vie... rêvant encore... lorsque je la revis. Au travers de la fenêtre, parmi le flot de passager regagnant leur voiture je la vis, entourée, elle aussi, de ses parents. L'urgence du moment, l'espoir d'un dernier regard s'empara de moi.
Mon esprit se connecta à mon corps injecté d'adrénaline et, tout fébrile, aimant, je me suis élancé vers la fenêtre comme pour lui souhaiter un dernier "au revoir", celui que j'aurais dû lui adresser en quittant le pont. Je me suis arrêté face à la glace puis de la main je l'ai frappé jusqu'à ce que les bruits attirent son attention. Nous avons uni nos regards... tant fut dit en un si court instant. Mon corps figé se nourrissait de l'éclat de ses yeux en amande. Ma main, mécanique, oscillant de gauche à droite, ouverte... pantois. Une foule de gens coupa notre regard... Le coeur battant, cherchant une éclaircie, je m'impatientais. Je voulais, je désirais tant la revoir... une éclaircie... vite... ma mère revenait sur ses pas, me chercher. Elle m'interpellait... que faire ? Je pus enfin voir le pont... elle n'y était plus. J'ai regardé à gauche,... personne. À droite... elle y était. Elle courait. Je n'étais pas pour rater cette occasion. Dussé-je passer sur ma mère! Je me suis élancé, je me suis faufilé entre les serres de ma mère... et j'ai couru.
Au fond de la grande pièce, un grand corridor avec des escaliers partant dans tous les sens permettait de rejoindre les divers niveaux du bateau. Regardant à gauche, à droite, en haut, en bas, je cherchais frénétiquement un éclat qui puisse me montrer le chemin de ses yeux. J'ai regardé derrière moi, ma mère s'en venait, à toute allure. J'étais sur le bon chemin mais elle allait me saisir dans ses tentacules et m'emmener loin de mon rêve, de mes espoirs, dans l'enfer puant où était notre voiture. Sortie de nulle part, au moment où ma mère saisissait ma main, au moment où je n'y croyais plus, ma jeune flamme me fit face, tout près de moi, à la portée du coeur. Entraîné par ma mère qui n'était pas témoin de la scène, je me sentais tiré par le Maelström vers une mort atroce du coeur.
Elle s'avança, plongea ses yeux dans les miens, sans peur, si confiants. La mer s'apaisa; l'accalmie se fit; le soleil surgit d'entre les nuages. La paix et la sérénité revinrent. Face à face, les mots que nous ne pouvions exprimer circulaient dans notre regard, son visage s'inscrivait, indélébile dans ma mémoire. Elle leva le bras et sa main délicate glissa doucement sur ma joue. Tout en soutenant mon regard elle laissa sa main parcourir le côté de mon visage, toucher mon coeur. Puis elle disparut. Le noir se fit... Le Maelström gagnait. Hypnotisé, je suivis son regard aussi longtemps que je le pus. Un sourire, un clin d'oeil scellèrent le moment pour l'éternité. Je venais de goûter l'amour. Un amour pur, intense, éphémère.
Lorsque je sortis de mon engourdissement nous faisions route. Le roi du ciel avait cédé sa place à une multitude d'acteurs se disputant le ciel noir. Les Rocheuses, public endormi, étaient à peine visibles. Cependant, même dans l'ombre, la magnificence de ces géants endormis plaisait aux yeux. C'est comme cette expérience. Après toutes ces années, malgré l'ombre du temps, le moment se savoure toujours.
SB:
E: 16 mars 1998
Aussitôt en mer, je me suis élancé à la poupe pour saisir du regard les cristaux étincelants que le soleil jetait dans le sillage et pour laisser l'air salin festoyer dans mes cheveux. J'avais 14 ans. La tête pleine de rêves, mon regard glissait sur les pentes verdoyantes de l'île que nous quittions qui se retirait peu à peu derrière une autre île de l'archipel que nous traversions. Je me plaisais à regarder le paysage s'effacer dans le sillage du navire qui nous ramenait au continent. L'écume blanche, agitée, pleine de vie s'animait en tumultueux vortex qui traçaient le passage du navire en s'élargissant vers l'horizon.
La beauté du moment m'enivre. Le vent s'essoufflant peu à peu fait lentement place au crépuscule. L'air fraîchit puis change de sens pour marquer le pas de l'exil du soleil. Le roi déchu sous les ardeurs redoublées de ses sujets traverse les dernières couches nuageuses pour saluer une dernière fois la foule avant de partir, expatrié. Qu'il est majestueux et brillant. Cependant, lorsque ses rayons rougeoyant viennent allumer les Rocheuses, c'est son public qui est transporté sous les feux de la rampe.
Le navire aussi assiste au spectacle. Voguant tranquillement sur les flots endormis, mon traversier semble s'arrêter pour permettre à mon coeur d'enfant de battre en cadence avec ces derniers applaudissements. Mes yeux agrandis par l'émerveillement, éblouis par la longue traîne dorée qui s'ébat dans le sillage du navire, se ferment. Je me retourne et embrasse du regard les pics escarpés, oranges, qui pointent au ciel en ovation debout devant la richesse et la qualité de la prestation qui leur est offerte. Mes paupières se ferment, les rideaux se baissent, la tranquillité et la sérénité de la nuit sur l'océan s'emparent de moi.
Lorsque j'ouvre enfin les yeux, un spectacle tout aussi ravissant et charmant m'est offert. Deux grands yeux d'un brun profond sont tournés vers moi. Calmes et sensuels ils ébranlent mon coeur. Ils sont posés sur moi, fixes. Mon regard est obnubilé par le scintillement de ces joyaux. Sur ces toiles peintes par un très grand maître, je vois briller les éclats orangés du soleil couchant. Ces deux tableaux je m'en suis épris dès ce moment. Un léger mouvement de ses fenêtres sur notre intérieur me rappelle que tout est bien réel, me rappelle où je suis. Une grande timidité se répand alors dans mon esprit. Le choc est si fort, la surprise si soudaine et la beauté si grande que je ne puis continuer de la regarder. C'est plus fort que moi, je me sens indécent. Je détourne le regard.
C'est alors que m'assaillent une horde de questions, d'empêchements, d'obstacles à franchir qui gênent la passion naissante. Je me rends compte que je suis à l'autre bout du pays, que je ne parle assurément pas sa langue. Comment faire ? Lentement, comme si un second regard avait pu me tuer, je tourne lentement ma tête. Je parcours du regard l'horizon parsemé d'îles aux forêts protégées puis pose mon regard une seconde fois sur elle. En fait, cette seconde fois je faillis me noyer dans la pureté de ses joyaux.
Je me trouve voyeur... puis,... ridicule. Je suis appuyé sur le bastingage à l'extrémité arrière du navire. Elle est à ma gauche, à quelques pas. Mais tout un monde nous sépare. Je suis voyeur puisque j'ai osé soutenir son regard pendant un court instant. J'ai osé pénétrer dans son esprit pour y découvrir qu'elle était douce et sensible. Plus que sensible, j'y ai vu qu'elle était délicate. À la façon dont elle a fermé les yeux, doucement, sensuellement, il ne peut en être autrement.
Cette beauté m'attire, je dois revoir ces yeux mais la pudeur m'en empêche. Je sens son regard posé sur moi. C'est là que je me sentis ridicule. Comment puis-je même penser que son regard s'attarde sur moi ? Je ne suis qu'un maigre et chétif petit garçon. De toute façon elle est sûrement déjà partie. Le bruit du vent nous isole chacun dans nos bulles sur le pont. Je me risque, je tourne un peu le cou, penche un peu ma tête pour voir sans être vu, pour que mes mouvements soient imperceptibles. Lentement, sournoisement comme un félin guettant sa proie, mes yeux quittent l'océan, glissent sur la rampe, la suivent vers la gauche jusqu'à ce que j'aperçoive son bras. Il est si mince, si frêle, si blanc, si délicat, ... si beau. Je lève lentement les yeux. Mon regard glisse sur son coude, finement ciselé; s'attarde sur son épaule, patiemment modelée; s'envole sur son cou, habilement travaillé; s'emballe sur son oreille, lentement façonnée; s'émerveille sur sa joue, longuement poncée. Sa beauté me pétrifie. Son divin regard posé sur moi, sa tête inclinée, ses cheveux courts, droits, d'un noir profond, m'interdisent tout mouvement. Je ne puis qu'apprécier, qu'aimer. Mais qu'est-ce que l'amour à 14 ans où tout se vit si intensément ? C'est un coup de foudre assurément. L'instant est bref mais tellement intense. C'est l'une de ces conversations du regard, muettes mais qui disent tant. C'est elle qui se défile cette fois. Lorsqu'elle se détourne je comprends qu'elle partage les mêmes sentiments que moi, la même gêne, la même peur du rejet.
Durant les quelques secondes de répits que m'offrent ses étincelles de vie je laisse mon regard glisser, avec tout le respect qu'une princesse mérite, sur elle. Elle est frêle, menue, toute jeune, comme moi. La finesse de son corps s'harmonise parfaitement avec la délicatesse de ses yeux. La crainte qu'elle me surprenne à l'observer et qu'elle croit que je lui manque de respect me fait tourner la tête vers le large, le couchant. Il a perdu bien du panache le roi du ciel. À demi enfoncé dans l'eau il reste bien peu de sa puissante clarté. Il sait toutefois nous émerveiller en lançant au ciel, sur les nuages et sur l'eau toute sa palette de couleurs. Comme un peu timide il rougit, sensible aux beautés qui l'entoure. Mais mon vrai soleil est ailleurs, tout près de moi. J'ai si peur de faire un impair, que ce doux rêve s'évanouisse. Je suis si jeune, sans moyens, sans expérience. Mes idées confuses s'entrechoquent et aucune ne semble vouloir guider mes premiers pas. Que puis-je lui articuler que mon regard ne saurait mieux transmettre ?
Elle est d'une autre culture, d'un autre coin du monde. Je tourne délicatement la tête, sans me cacher cette fois. Mes yeux balayent l'horizon et nos regards se croisent encore. En même temps, cette fois, nous avons cherché contact avec l'autre. L'allégresse nous envahit, la crainte aussi. Faire durer cet instant semble une entreprise impossible. Cette peur des premiers pas me semble aujourd'hui ridicule, mais l'amour à cette époque avait raison de mes moyens. Mes pieds étaient figés, mes bras, mon corps, si lourd. Seule ma tête pouvait tourner, seul mes yeux pouvaient crier.
Un bruit sourd me sortit de ma torpeur. Le traversier arrivait au port. Une voix forte mit fin à l'enchantement. "Viens, Sébastien, nous devons retourner à la voiture !" Mon regard pour la première fois passa rapidement dans le sien avant que je regarde ma mère. Debout dans l'ouverture de la porte, elle me signifiait que le temps pressait. Mécaniquement, je me mis en marche. Mon cerveau, tout bouleversé encore de la fin abrupte du rêve, était servile. Sans trop comprendre pourquoi je me suis avancé vers la porte et je l'ai franchie sans regarder en arrière.
Une fois à l'intérieur, suivant ma mère, toute la scène repassa dans ma tête. Ce rêve, cet heureux moment, morceau de paradis se faisait déjà loin. Un nuage gris obscurcissait mon regard. Dépité de n'avoir rien pu faire, de n'avoir pu m'abreuver une dernière fois dans son regard, un profond regret, une amère tristesse se répandit dans mon esprit. Je marchais comme une machine, l'esprit loin du corps, les yeux vagues, sans vie... rêvant encore... lorsque je la revis. Au travers de la fenêtre, parmi le flot de passager regagnant leur voiture je la vis, entourée, elle aussi, de ses parents. L'urgence du moment, l'espoir d'un dernier regard s'empara de moi.
Mon esprit se connecta à mon corps injecté d'adrénaline et, tout fébrile, aimant, je me suis élancé vers la fenêtre comme pour lui souhaiter un dernier "au revoir", celui que j'aurais dû lui adresser en quittant le pont. Je me suis arrêté face à la glace puis de la main je l'ai frappé jusqu'à ce que les bruits attirent son attention. Nous avons uni nos regards... tant fut dit en un si court instant. Mon corps figé se nourrissait de l'éclat de ses yeux en amande. Ma main, mécanique, oscillant de gauche à droite, ouverte... pantois. Une foule de gens coupa notre regard... Le coeur battant, cherchant une éclaircie, je m'impatientais. Je voulais, je désirais tant la revoir... une éclaircie... vite... ma mère revenait sur ses pas, me chercher. Elle m'interpellait... que faire ? Je pus enfin voir le pont... elle n'y était plus. J'ai regardé à gauche,... personne. À droite... elle y était. Elle courait. Je n'étais pas pour rater cette occasion. Dussé-je passer sur ma mère! Je me suis élancé, je me suis faufilé entre les serres de ma mère... et j'ai couru.
Au fond de la grande pièce, un grand corridor avec des escaliers partant dans tous les sens permettait de rejoindre les divers niveaux du bateau. Regardant à gauche, à droite, en haut, en bas, je cherchais frénétiquement un éclat qui puisse me montrer le chemin de ses yeux. J'ai regardé derrière moi, ma mère s'en venait, à toute allure. J'étais sur le bon chemin mais elle allait me saisir dans ses tentacules et m'emmener loin de mon rêve, de mes espoirs, dans l'enfer puant où était notre voiture. Sortie de nulle part, au moment où ma mère saisissait ma main, au moment où je n'y croyais plus, ma jeune flamme me fit face, tout près de moi, à la portée du coeur. Entraîné par ma mère qui n'était pas témoin de la scène, je me sentais tiré par le Maelström vers une mort atroce du coeur.
Elle s'avança, plongea ses yeux dans les miens, sans peur, si confiants. La mer s'apaisa; l'accalmie se fit; le soleil surgit d'entre les nuages. La paix et la sérénité revinrent. Face à face, les mots que nous ne pouvions exprimer circulaient dans notre regard, son visage s'inscrivait, indélébile dans ma mémoire. Elle leva le bras et sa main délicate glissa doucement sur ma joue. Tout en soutenant mon regard elle laissa sa main parcourir le côté de mon visage, toucher mon coeur. Puis elle disparut. Le noir se fit... Le Maelström gagnait. Hypnotisé, je suivis son regard aussi longtemps que je le pus. Un sourire, un clin d'oeil scellèrent le moment pour l'éternité. Je venais de goûter l'amour. Un amour pur, intense, éphémère.
Lorsque je sortis de mon engourdissement nous faisions route. Le roi du ciel avait cédé sa place à une multitude d'acteurs se disputant le ciel noir. Les Rocheuses, public endormi, étaient à peine visibles. Cependant, même dans l'ombre, la magnificence de ces géants endormis plaisait aux yeux. C'est comme cette expérience. Après toutes ces années, malgré l'ombre du temps, le moment se savoure toujours.
SB:
E: 16 mars 1998
Thursday, February 11, 2010
Noir, gris et argent
Dès qu'on me serre la tête
comme le sable pressé
dans le poing,
je fluide par toutes
les interstices,
les petits replis d'entre les doigts,
d'entre les trous de peau.
Je cours cogner à la porte
des jupons de cette vieille nonne
à travers qui je pourrai
raconter tout haut
et des grains beiges m'extirper.
Alors elle beugle pour moi
déchirant le mur du son,
le mur des non-dits,
avec pour seule arme, sa tunique,
noire;
son gilet de laine tricoté,
gris
et le seul dentier qu'il lui reste,
celui d'en haut, serti de sa dent
argent.
Derrière elle dès lors
je me sens braveux
qui porte son coffre volumineux
avec ses mains campées
dans le renflement de ses hanches,
adipeuses.
Je peux tout dire
alors qu'elle crisse
et que les droitures décrissent
fuyant sans regarder derrière,
comme un gamin, terrorisé.
Ses paroles marquent
elles portent au visage
comme l'odeur des postillons
ou la couleur du sang,
noir, indélébile.
SB
E: 2010-02-10
comme le sable pressé
dans le poing,
je fluide par toutes
les interstices,
les petits replis d'entre les doigts,
d'entre les trous de peau.
Je cours cogner à la porte
des jupons de cette vieille nonne
à travers qui je pourrai
raconter tout haut
et des grains beiges m'extirper.
Alors elle beugle pour moi
déchirant le mur du son,
le mur des non-dits,
avec pour seule arme, sa tunique,
noire;
son gilet de laine tricoté,
gris
et le seul dentier qu'il lui reste,
celui d'en haut, serti de sa dent
argent.
Derrière elle dès lors
je me sens braveux
qui porte son coffre volumineux
avec ses mains campées
dans le renflement de ses hanches,
adipeuses.
Je peux tout dire
alors qu'elle crisse
et que les droitures décrissent
fuyant sans regarder derrière,
comme un gamin, terrorisé.
Ses paroles marquent
elles portent au visage
comme l'odeur des postillons
ou la couleur du sang,
noir, indélébile.
SB
E: 2010-02-10
Sunday, January 24, 2010
Acceptable?
Désirer la sœur de celle d’hier
Danser avec elle à s’en exploser les hormones
Ne pas se toucher par crainte de flamber
Qu’est-ce qui est juste et bon?
De lui rendre grâce…
Où commence et où s’arrête la zone grise
à l’intérieur de laquelle on peut jouer?
De cette défendue zone est né
une complicité instantanée
faite de clins d’oeil dissimulés,
bâtie sur des rires partagés,
des regards descriptifs et abusifs
qu’on avait peine à contrôler.
Une prunelle et des yeux si vifs
que je me plaisais à en être prisonnier.
Sans issues faciles, à sa merci.
Son insistance me déroutait,
mes lèvres hésitaient,
mes doigts tremblaient,
mon regard s’aiguisait,
et mon âme s’enfonçait.
Prendre sa nuque dans ma main,
glisser mes doigts dans ses cheveux fins,
me plonger dans son regard, divin,
laisser ma langue la fouiller jusqu’au lendemain,
mon corps la prendre jusqu’au petit matin,
mes hanches la balancer sur le bord du bain.
Sans un mot, sans un cri
mais tout de suite, à tout prix.
Rythmant la danse,
s’échauffant en silence,
coupable mais satisfaits,
à grand coups ils baisaient.
Du préjudice fait à chacun
ils expieraient lorsque défunts.
Du remord partagé,
du secret scellé,
du sceau de la vie marqué.
D’elle je vais me rappeler
sa sueur, sexuelle.
Nous devons taire nos âmes
pour que s’éteigne la flamme
de nos prunelle.
SB
E: 97
Danser avec elle à s’en exploser les hormones
Ne pas se toucher par crainte de flamber
Qu’est-ce qui est juste et bon?
De lui rendre grâce…
Où commence et où s’arrête la zone grise
à l’intérieur de laquelle on peut jouer?
De cette défendue zone est né
une complicité instantanée
faite de clins d’oeil dissimulés,
bâtie sur des rires partagés,
des regards descriptifs et abusifs
qu’on avait peine à contrôler.
Une prunelle et des yeux si vifs
que je me plaisais à en être prisonnier.
Sans issues faciles, à sa merci.
Son insistance me déroutait,
mes lèvres hésitaient,
mes doigts tremblaient,
mon regard s’aiguisait,
et mon âme s’enfonçait.
Prendre sa nuque dans ma main,
glisser mes doigts dans ses cheveux fins,
me plonger dans son regard, divin,
laisser ma langue la fouiller jusqu’au lendemain,
mon corps la prendre jusqu’au petit matin,
mes hanches la balancer sur le bord du bain.
Sans un mot, sans un cri
mais tout de suite, à tout prix.
Rythmant la danse,
s’échauffant en silence,
coupable mais satisfaits,
à grand coups ils baisaient.
Du préjudice fait à chacun
ils expieraient lorsque défunts.
du secret scellé,
du sceau de la vie marqué.
D’elle je vais me rappeler
sa sueur, sexuelle.
Nous devons taire nos âmes
pour que s’éteigne la flamme
de nos prunelle.
SB
E: 97
Sunday, January 17, 2010
Cling
J’ai donné aux deux
Les jeunes, beaux, propres.
Lui à la contrebasse,
Elle au violon;
Et je suis passé
Sans regarder
Celui qui essayait
De souffler des notes
Dans une flute secouée
Par ses mains agitées.
Tout recroquevillé
sur sa petite chaise
aux genoux pliés
pour tenir la partition
sous ses coudes
et éviter
qu’au vent, plastifiée,
elle ne soit égarée.
SB.
E: 1er mai 2003 - Pologne - Warsaw
R: 18 juin 2010
Les jeunes, beaux, propres.
Lui à la contrebasse,
Elle au violon;
Et je suis passé
Sans regarder
Celui qui essayait
De souffler des notes
Dans une flute secouée
Par ses mains agitées.
Tout recroquevillé
sur sa petite chaise
aux genoux pliés
pour tenir la partition
sous ses coudes
et éviter
qu’au vent, plastifiée,
elle ne soit égarée.
SB.
E: 1er mai 2003 - Pologne - Warsaw
R: 18 juin 2010
Saturday, January 9, 2010
Musikverein - Goldener Saal
Ce soir,
j'ai vu un violon pleurer,
une flûte traversière trépigner et
un bosquet d'archets trembler.
J'ai touché l'eau du fleuve descendant des haut-bois.
Il y avait,
un percussionniste, toujours grasset, fracassant ses maillets sur les tambours;
une foule frappant, sous les bois, la cadence de la cavalerie;
une fête champêtre de notes dansant en ronde dans mes lobes.
Le tout sous les reflets dorés de cristaux illuminés se jettant dans mes yeux tout grands, émerveillés.
C'était la cacophonie?
Non!
La symphonie!
SB
E: 21 mai 2003
Saturday, December 5, 2009
Cigare
Humer un cigare c’est respirer le sexe.
Le partager c’est le baiser discret,
L’échange de fluide, complice
L’interdit, les non-dits consentants.
Le voile épais qui rempli l’espace
Et l’esprit
Donne au boudoir des airs de jazz,
Enveloppe la tête de la voix chaude.
Le temps fléchi, le corps s’éteint
Les sens s’ouvrent aux couleurs chaudes
Les flammes dansantes des chandelles,
Comme la tulipe au soleil des matins de mai.
J’entends la basse vibrer
Les atomes s’excitent
C’est l’heure noire
Celle du début de la nuit
Où les sens sont vifs
Où commence à se faire sentir
L’effet de l’absinthe
Le feu brûle, rouge,
Le collet du fumeur
Vif et jaune alors que l’allumette scintille
Il fait son chemin jusqu’à brûler les doigts.
Puis l’alcool coule à flot
Cascade sur la langue
Chute dans la gorge
Noie l’âme.
C’en est fait du présent
Le temps est mort
Les sens s’emballent
C’est l’instant volute
Puisse-t-il durer,
Tuer le quotidien
Jusqu’à demain.
SB
E: 10 juin 2006
Sunday, November 29, 2009
Loup Gris
Loup
solitaire
des grandes
solitudes
oubliées,
des espaces
balayés,
des forêts
cicatrisées.
Cris en silence,
pleure,
nul n’y pense.
Meurs
on t’oublie.
Poussière
tu es reparti.
SB
E:
Monday, November 23, 2009
L’Inde à vélo
Pour moi l’Inde c’est comme lorsque j’ai appris à faire de la bicyclette. Cet été de mes 6 ans où j’avais reçu ce beau bicycle « gold » avec un siège banane. J’étais tout excité devant ce bolide de grands qui allait certainement impressionner plus d’un copain. Au début c’est épeurant. J’étais bien content d’avoir des petites roues. Tout est nouveau, tout va trop vite. Aucun de mes repères ne semblait trouver prise pour m’ancrer solidement et me dire par où commencer. Mes réflexes de tricycle n’étaient plus du tout adaptés! Je trouvais ma monture haute et chancelante (toujours à tanguer sur une petite roue ou une autre). Chocs après chocs, je tombais et retombait. Je me frappais, je me faisais mal. Je ne voulais plus apprendre.
Les odeurs d’urines, les pauvres et éclopés partout sur la rue, sur les trottoirs; la densité de gens, partout, peut importe où l’on essaie de se « cacher », la folie des chauffeurs d’autobus, d’auto, de vélo et de rickshaw, la bureaucratie, la pollution, les maladies, l’insalubrité, la décrépitude des trottoirs, des maisons, des palais…
J’en suis même arrivé à douter. Qu’est-ce que les gens peuvent bien y trouver de plaisant? Il doit y avoir autre chose, quelque chose que je ne comprends pas car ils sourient et semblent prendre plaisir à circuler à vélo. Je reluquais mon tricycle…
On réessaie! C’est plus facile. Je sais que ça ne compte pas avec les petites roues, mais au moins je roule, Na!
Alors on s’exclame devant l’explosion de couleurs, d’affiches et de building. Des vieux édifices publics aux forts accents coloniaux, des boutiques de rue si petites qu’à faire du lèche vitrine on risque d’embrasser le vendeur, aux taxis Ambassador tout droit sortis des années 30. Des couleurs bien à eux, des couleurs nouvelles, des formes connues dans un ensemble tout nouveau.
Un bon matin en se levant, une folie m’a prise. Je suis allé dans la cuisine endormie du samedi matin. D’un regard décidé j’ai fixé mon père et je lui ai dit : « Papa, aujourd’hui je veux apprendre à faire de la bicyclette comme un grand! Je veux enlever les petites roues de sur ma bicyclette. » Ça semblait aussi simple que ça.
Paf, je tombe! Je tombe malade. Bienvenue les colliformes avec votre fièvre et la diarrhée par les 2 bouts.
Le plaisir semble bien loin ;-)
Mon père avec sa grosse main a pris l’arrière de ma bicyclette dorée. Je tangue à en attraper un mal de mer, je me fiais sur la main forte, rassurante qui me remettait d’aplomb. Tout semble rouler depuis quelques instants. Je regarde par dessus mon épaule, juste derrière, pour lui sourire et l’inciter à ne pas me lâcher… et je le vois loin, là-bas derrière… j’avance seul. Et Paf, je tombe encore! Dans le piège du vendeur déguisé en guide d’information touristique, paf, j’arrive à la fin du bout de la queue après avoir « laissé passer » tout le monde…
Mais j’ai réussi. Je sais que je suis capable! C’est là que le fun commence. Je relève tranquillement la tête et je commence à prendre plaisir à rouler. La vitesse, le vent dans mes blonds cheveux, les gens, les sourires, leur accueil spontané, sincère et chaleureux. La curiosité toujours pour nous connaître un peu plus et nous remercier d’être venus voir leur pays nous qui venons d’un si beau pays.
On compte beaucoup plus de journées de plaisir à mesure que l’on prend l’habitude et de l’assurance. Je peux sentir maintenant ce qui faisait sourire les gens à vélo, je peux sourire moi-même.
Car je suis émerveillé par cette culture vieille de 3000 ans qui a su influencer le monde et incorporer ce que le monde lui a retourné. Car je suis enivré par les odeurs d’épices, si variées, en pleine rue, à chaque bouffé d’air chargée de saveurs de curry, de muscade, de poivre, de chai et de cumin. Car je suis embalé par ce peuple, ses coutumes, ses saris et ses mets variés d’une région à l’autre, du nord au sud et de l’est à l’ouest. Ses purry, ses tandoori, ses biryanis, les lassis, ses thalis et ses idlis.
De temps à autre ma trop grande témérité me plonge à nouveau sur le bitume, comme cette fois où j’ai voulu sauter avec une planche mal installée sur un bloc de ciment un peu trop immobile. Et cette fois encore où j’ai mangé ce que je n’avais ni commandé ni espéré.
Mais dans l’ensemble je souris. Et je connais maintenant mon vélo, les règles qu’il faut respecter pour qu’il continue de bien rouler en me gardant bien en selle et je connais mes capacités. Je peux donc explorer autant que je peux endurer de crampes dans mes mollets fatigués.
Je connais les règles du jeu ici désormais. Une nation plus vieille, beaucoup plus complexe que ce que j’ai visité que je peux désormais apprivoiser selon mes goûts et mes intérêts. Un autre voyageur ira par des chemins bien différents cueillir d’autres expériences qui l’emballeront tout autant. Cependant, nous aurons tous pris le temps d’apprendre à pédaler. L’Inde doit s’apprivoiser une côte à la fois au cours d’une longue randonnée. Ce n’est pas un pays que l’on peut sprinter. Les mystères du Rajasthan, de l’Hindouisme, des castes et du Kamasutra sont les prochaines avenues que j’emprunterai car je sais que peu importe les côtes à monter, mes cuisses pourront supporter les gorges et les cols escarpés de ces contrées non encore visitées..
Aujourd’hui, est-ce que vous accepteriez de renoncer aux plaisirs du vélo? Et la beauté de ce sport ne réside-t-elle pas dans le fait que tu ne sais jamais quand un caillou se plantera sous ta roue?
Sébastien Barrette
E: 15 janvier 2003
Sunday, November 8, 2009
10 fois plus, 10 fois rien
Inde, Kolkata,
99 roupies.
Je m’attendais
à 9 roupies.
10 fois plus,
surpris, débalancé
j’hésite, je me réfugie
derrière un refus
qui semble facile
qui paraît sans conséquence.
Son regard dans le mien
je regarde Marie,
nous sommes d’accord.
J’achète le lait
qui nourrira
le 7e et dernier né
dormant sur le pavé.
Au cœur de cette cité
aux milliers d’éclopés,
de mal-aimés, de mal chanceux.
Vivant sur la rue
ne connaissant pas mieux,
toujours, tous les jours, un seul but
survivre.
Pourquoi donc eux plutôt que ceux d’à côté
que ceux de l’autre côté du globe miniaturisé?
Parce qu’ils nous ont sollicités?
Parce qu’ils nous ont croisés?
Parce qu’elle s’est levée
pour nous accompagner.
Parce qu’elle a su nous toucher.
Cette histoire, comme les autres
cette histoire plutôt qu’une autre
parce qu’il faut bien commencer
à s’entraider plutôt qu’à regarder.
Parce qu’il faut bien évoluer
et commencer à cesser de consommer,
seulement,
pour commencer à partager.
Une goutte d’eau dans l’océan.
Oui, peut-être.
Mais une goutte pourtant
qui sera celle-là éventuellement
qui fera déborder l’océan.
Quelle histoire allez-vous nous raconter
ce Noël lorsque nous arriverons chez vous ?
Le cœur au partage, à l’amour,
la tête en fête, euphorique
le corps bien emballé, bien repassé.
Les bras pesant de présents
achetés pour démontrer
que l’on ne s’est pas oublié
malgré l’année passée
à poliment s’ignorer
sans se visiter.
… besoin de se déculpabiliser?
Et si l’on prenait plus de temps
à aller, à venir, à s’asseoir, à sourire.
Et si au lieu de dépenser de l’argent
nous dépensions du temps ensemble,
en famille simplement
laissant du temps, de l’argent,
de ta créativité nous ouvrir les chemins
de l’entraide vers ceux qui en ont besoin.
Un repas, une couverture, une soirée
partagée avec un humain, un ami
ceuilli au bord du chemin.
Notre petit bonheur ou le sien?
Disons le nôtre.
À petits gestes vers un demain
main dans la main.
Chacun sa façon, la tienne qui te convient
prend seulement action vers l’autre
plus que vers le magasin.
Soit humain et non sans dessein!
SB
E: 8 décembre 2002
Kolkata (anciennement Calcutta)
Monday, September 14, 2009
Coming down the stairway to heaven
Souriant comme s’il avait passé l’après-midi à discuter avec le soleil.
Heureux comme s’il avait échangé des secrets avec les vieux feuillus.
Les yeux scintillants comme s’il avait vu par delà les marches ce qui surplombe Ghorepani.
Noueux comme les cannes qui le transportent ou la route qui le porte.
Lent comme le temps qui file à regarder pousser une violette à Chitré.
Vivant de tous ses yeux qui scintillaient à contre jour.
Vivant de son sourire fier de rencontrer, de raconter.
Je me demande « est-ce que les anges doivent être en langes » ?
Car je ne sais quoi d’autre j’ai croisé.
SB
E: 05 mars 2003 - Tadapani (Jomnson trail)
Thursday, August 13, 2009
Sans coeur !

Morts dans le sang
séchés par le temps
révélés par le vent,
vos os se meurent
témoins hurlant
au fond d'une urne de ciment, avec dedans,
des bâtons d'encens se consumant.
Vos cris étouffés par les baillons
sont désormais étouffés par les fenêtres du pavillon
qui contient vos restes, vos familles, vos âmes, regroupés par âge, sans nom.
Horreurs, atrocités dont nous avons été épargnées
par notre monde aseptisé aux malheurs des autres sociétés.
Quelle tristesse, quelle sympathie
pour ces horreurs qui maintenant me pourchassent
et jouent avec les dédales où souhaite se cacher mon esprit.
Lui qui loin de la protection de la télévision ne sait plus où il s'enfuit.
Loin des cris, loin des bruits, réels ici
contrairement à l'image froide et distante,
comme un film, bombardée, incessante,
à longueur de journée.
La réalité poignante nous martèle,
comme la pluie. Le génocide nous interpelle
dans nos trippes, dans nos valeurs.
Comment a-t-on pu perpétrer telles horreurs.
L'homme et sa grandeur me donnent mal au coeur.
J'ai honte, j'ai peur
que de nouveau nous tolérions le malheur
pensant protéger nos idéaux
dictés par nos « ego »
un peu trop gros.
SB
E: 12 novembre 2002
Sunday, August 9, 2009
Nam Mae Khong
Fleuve puissant, il déplace continuellement son lit
Lourd de sédiments qu’il arrache ça et là.
Il peut accoucher, au détour d’une baisse des eaux,
D’une immense dune de sable fin.
Les habitants de son rivage, cependant,
Sont souvent chassés par les éboulis,
Forcés de se déplacer ou de reconstruire leurs maisons englouties.
Les grands arbres non plus ne sont pas à l’abri.
Gisant ça et là, leurs hautes branches, seules, pointent vers le ciel,
Suppliant le passant de les tirer des fonds mouvants du fleuve.
Voie d’eau, fleuve,
Route dans le continent qu’empruntaient les marchands
Et les conquérants.
Il est maintenant utilisé par les habitants
Et les nouveaux arrivants.
Nourricier, Prince des ventres affamés,
Tu donnes généreusement de tes produits
à ceux qui veulent bien se mouiller sur tes berges.
Roi de ces lieux, tu dictes, tu imposes.
Les vivants sur tes berges s’adaptent à tes humeurs, tes édits royaux.
Six pays issus d’une histoire grandissent sur tes rives.
De tes champs poussent des paysans,
Des gens, des enfants et des chants.
Quelques rochers subsisteront
Au milieu de rapides que tu auras tracé.
Une multitude d’histoires te raconteront.
Des peuples puis des civilisations apparaîtront.
Toi, longtemps après qu’ils se soient tus,
Tu poursuivras ta sinueuse route
Toujours bien en selle, toujours invaincu,
Toujours sans rivaux.
Sois patient.
Ces hommes sans respect qui te polluent
Ne seront qu’un souffle dans ta vie.
Tu auras tôt fait de les oublier
Sébastien
E: 26-09-2002
Tuesday, July 7, 2009
Pleure, je t’aime
Laisse filer ce gros chagrin
qui te serre dans ses mailles.
Presse ce gros gris qui flotte,
fait-en descendre les rideaux.
Je sais, je me comporte comme un malin,
je te fuis par toutes les failles.
C’est que je crains la fermeture de la porte,
seul accès au donjon du château.
Comprends moi, je ne veux être le marin
qui te laissera comme un fétu de paille
en s’embarquant avec toute la flotte
pour une vulgaire aventure de matelot.
Car je serai bien mort au petit matin,
immobile tel l’acier de ma cote de maille,
si je ne m’envole et ne joue de l’épiglotte
aux oreilles amusées des badauds.
Sébastien
Subscribe to:
Posts (Atom)